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Marge

Jeudi 24 novembre 2005

Je me suis pas mal promené ces jours-ci, ici ou là, dans la blogosphère, découvrant, lisant, amusé, intéressé ou énervé parfois par le ton, l'imagination ou les amalgames.

Je notais dans un article précédent, combien il m'était difficile de m'intégrer dans une quelconque famille, tant les critères de sélection me paraissent restrictifs et finalement peu fiables. Que les termes actualité ou culture renferment parfois des surprises (finalement je devrai peut-être me rebasculer vers eux...), que les termes "gay et lesbien" vous ouvrent parfois des abîmes de perplexité, tant les contenus vous paraissent convenus ou encore dictés par des images toutes faites, plaquées et ressassées à l'infini.

Et pourtant je fais parti de cette famille, j'ai choisi d'y être référencé tel que..., un paradoxe de plus sans doute.

On en revient toujours à cette définition (qui n'en est pas une) de la "culture gay"...

Didier ERIBON, dans la préface de son dictionnaire sur cette même culture, parlait plutôt  "d'espaces sociaux, culturels, intellectuels, politiques, sexuels", et c'est cette géographie imaginaire (dans le sens d'imaginaire social) que j'aime à parcourir.

Il s'agit là d'une culture éclatée, comme peuvent l'être les caractères ou les modes de vie, une culture qui se nourrit de différences, et des multiples richesses identitaires de chacun d'entre-nous....Bref allons-y pour la différence et pour la libre parole.

Alors, oui, les blogs sur le dernier single de Madonna ou sur la culture du Jockstrap en milieu tempéré sont identitaires, et font partie intrinsèque de notre univers social et de nos références. Et oui aussi les blogs qui donnent à penser, qui donnent à lire et qui se prennent la tête pour construire quelque chose d'autre, entre réflexion et appartenance, entre hésitations et affirmations.

Pour ma part, je vais continuer à affirmer en hésitant, tout en me reconnaissant dans ces mélanges improbables.

 

Par scape
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Vendredi 25 novembre 2005

Les Kiosques à journaux, les Librairies regorgent de titres divers et variés au milieu desquels j'ai parfois du mal à retrouver le sens de la marche. Je n'arrive définitivement plus à m'investir ou à m'intéresser à la "presse gaie"  aujourd'hui. De Tétu à Pref, sans parler du nombre incalculable de revues spécialisées plus ou moins X, il s'agit vraiment d'une autre planète...

Sans remettre en cause l'aspect essentiellement futile de ces titres (il faut parfois une certaine dose de légèreté tout de même !!), j'ai cependant tendance à regretter l'uniformisation galopante de cette presse, et l'absence quasi-généralisée de titres plus axés vers la recherche (toutes disciplines confondues) ou une actualité un peu plus en phase avec notre société.

Bien sûr, il ne serait plus possible aujourd'hui d'éditer un numéro comme celui de Recherches,  à mi-chemin entre le travail universitaire, la revendication à tout crin, et les débordements de son époque !! Le pavé dans la mare fut tel que la revue fut tout de même saisie et interdite.  J'aurais du mal à imaginer ça aujourd'hui, non pas que les moeurs aient évolués à ce point, mais tout est si policé, si sage....

Dans mon souvenir, le fameux musée de Charles Pasqua, et l'interdiction de Gai Pied Hebdo ne sont pas si loin......

Sans retourner aux temps immémoriaux de Arcadie, une revue comme Masques a également marqué son temps. Estampillée "culturelle", la revue reste selon moi un exemple. Ouvrant ses pages à toutes les formes d'expression, elle marque peut-être une autre sorte de visibilité. Moins d'excès et plus de réflexion. Masques, une revue intello pour une élite gaie, sans doute, mais que d'ouvertures : sur la littérature, la poésie, le cinéma, le théatre, les arts, toutes formes d'expressions dont aujourd'hui on dirait qu'elles forment l'assise de la "culture gay".

Les aspects politiques et sociaux de ces ouvertures ne sont certe pas à négliger non plus. Dans l'optique d'une réflexion toujours accrue, la revue s'engageait vers une acceptation totale de l'homosexualité dans la société française, et si les années 80 ont connu une certaine flamboyance, il ne faut pas oublier que les premières ombres du sida s'ajoutaient au tableau.

Différence d'époque et différence de traitement. Cependant j'aimerai pouvoir trouver aujourd'hui une revue dont les dossiers soient aussi complets, et ce dans n'importe quelle discipline.  L'image que l'on donne des homos aujourd'hui est souvent celle d'un carcan, lui même crée par nos soins. Il me semble nécessaire de retrouver l'aspect social et surtout politique de nos différences. 

         

Encore deux autres revues de très haut niveau, mais dont l'une a déjà disparu il y a quelques années (la Revue H). Nous arrivons quasiment dans le domaine universitaire, dans le domaines des recherches, des "gay and lesbians studies".

Ces revues aussi ont effectué un travail extraordinaire, travail que poursuit Inverses, essentiellement dans le domaine de la littérature et de la critique.  Il s'agit là d'une approche différente de l'homosexualité, une approche intellectuelle certes, mais totalement ancrée dans une réalité et une évolution constante.  Pour ma part, j'attends chaque parution de Inverses avec impatience. Chaque numéro (annuel) est un concentré d'intelligence, et détermine dans les mois qui suivent bon nombre de mes lectures.   

  Pour finir, j'ai tout de même une pensée pour Ex Aequo, revue elle aussi disparue, et qui pendant un temps m'a donné l'illusion que Gai Pied Hebdo avait ouvert une brèche dans l'histoire de la presse, et que celle-ci ne pouvait se refermer aussitôt. Digne successeur que ce magazine mensuel qui a osé tous les sujet, y compris ceux qui fachent, qui a osé la légèreté dont je parlais plus haut, mais sans jamais tomber dans le "prêt-à-penser"  ou le politiquement, culturellement  ou le "gay-ment" correct.

Tout ça m'a l'air d'être un article tendance vieux schnock, tendance "c'était mieux avant", etc, etc ..... Nos intérêts évoluent certes, et l'âge aidant, il est peut-être aussi normal que je ne me reconnaisse plus dans les titres actuellement édités et diffusés. J'aime à croire cependant que des gens continuent à travailler et à réfléchir dans le même sens.

A l'heure actuelle, à l'heure des traductions, certes tardives, des ouvrages de Judith Butler ou de Georges Chauncey, je regrette qu'aucune université, qu'aucun collectif d'enseignants ou d'étudiants ne prennent le risque d'un tel pari, celui d'une revue, ouverte et engagée, où les recherches sur le genre, sur l'homosexualité ne soient mises en avant et discutées, où l'histoire cotoierait la sociologie, l'anthropologie la politique ou la psychanalyse.

Remarquez, au lieu de raler, je devrai plutôt m'y mettre.

Avis à toutes les bonnes volontés !!

Par scape
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Vendredi 2 décembre 2005

Je me suis amusé aujourd'hui à passer en revue les différents blogs référencés ici dans la catégorie "Gay et lesbien".  Il est assez tentant, en effet, d'avoir une vision un peu panoramique d'une telle catégorie et d'aller y lire un peu au hasard.

Au premier chef, il s'agit d'un intérêt purement personnel. Ne me suis-je pas moi-même référencé ou estampillé en tant que tel ? Même si je trouve ça un tant soit peu réducteur..... on a tout de même le droit d'être homo et.... autre chose !!

Mais peu importe, il n'est pas l'heure de faire du communautarisme à tout va. Et puis ce renouveau de la notion de communautarisme, et plus particulièrement dans la bouche de certains "penseurs" à la française, me laisse pour ma part un certain goût amer.

Mais laissons ça de côté pour le moment.

A faire défiler les pages et les pages de blogs, il est assez plaisant de se laisser entrainer vers des intitulés, vers des pseudos et de sentir combien votre curiosité est piquée par les uns ou les autres....  Plus avant, vous partez à la découverte des mots, des récits, des images parfois.

Je ne vous dirais pas ici quels pseudos ou quelles courtes présentations ont titillé mes neurones ou mon imagination, mais je remarque seulement à quel point une certaine richesse émane de tout ça. La richesse de certains parcours, de tranches de vies, de savoirs partagés ou d'envies plus ou moins assumées.

Le mélange est hétéroclite (c'est un paradoxe !!), mais tout son intérêt vient de là.  Je pourrais même imaginer une sorte d'immense journal intime et personnel au creux duquel chacun viendrait s'épancher. Il en résulterait un doux mélange, fragile et osé, tout en retenue ou au contraire sans pudeur, sérieux ou léger, à l'image de chacun d'entre nous, selon les moments...

J'aime à penser que ce "journal" existe, quelque part au beau milieu de la planète "Internet".  En tout cas c'est l'impression que j'avais en m'égarant volontairement au coeur de ces vies qui n'étaient pas la mienne. Ce qu'elles m'ont donné, pour finir, c'est une sensation de tolérance, comme un pied-de-nez à la bienséance, juste cette délicieuse impression que chacun à le droit de dire "je suis là" et de le souligner.

La tolérance pour les mots de tout à chacun, puisque nos mots sont radicalement égaux.

Par scape
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Mardi 13 décembre 2005

Il est parfois des surprises dont on se dit qu'elles sont des signes infimes du destin, déposés sur votre chemin, histoire de vous rendre un froid dimanche matin juste un peu plus léger.

Dimanche matin donc. Un dimanche matin comme les autres, excepté peut-être cette heure matinale à laquelle il a fallu se lever, cette heure froide qu'il a fallu braver afin de se préparer à sortir pour aller travailler.

Dimanche matin donc, où l'on s'engouffre dans le métro espérant y trouver un peu plus de chaleur, et où sur un quai désert, vous vous retrouvez devant une affiche de 3 mètres sur 4, sur laquelle des cygnes humains se dressent fièrement face à vous.

Image fugace, image étonnante de ces corps suspendus. Ces corps..... ou plutôt ce corps, un corps de ballet justement qui n'est pas celui auquel vous vous attendiez. Un corps de ballet entièrement masculin où les classiques ballerines ont laissé leur place à des cygnes danseurs.

The Swan Lake, chorégraphié par Matthew Bourne offre une relecture totalement irrévérencieuse de ce ballet on ne peut plus classique, une relecture entièrement masculine.

Je ne suis pas un spécialiste de la danse classique, loin de là, et d'ailleurs il me semble que les critiques patentés ont tendance à s'arracher quelque peu les cheveux quant à l'interprétation à donner à cette chorégraphie qui fait les beaux jours des scènes internationnales depuis déjà plusieurs années. Mais au-delà de la performance, au -delà de l'intérêt, au-delà du renouveau annoncé du ballet, ou alors du pur show à l'américaine, je préfère en rester juste à cette vision, à cette vision du dimanche matin, embrumée ou pas.

Corps de plumes et de muscles. Corps sublimés des danseurs dans une grâce et une fragilité animale.

Dimanche matin donc, je ne devais pas être très réveillé, ou alors j'avais l'âme vagabonde et l'esprit ailleurs. Il s'agissait juste d'un homme-cygne sur une affiche, juste une affiche de plus devrais-je dire..... et quand je pense que je suis le premier à raler de cette overdose d'images dans le métro parisien !!

En tout état de cause je n'irai pas voir ce spectacle, il est parfois préférable de s'arrêter à sa première impression. Il faudrait juste que cette image "désirante" reste là, qu'elle ne bouge pas, qu'elle s'inscrive dans un imaginaire quelque peu bousculé, qu'elle y reste comme un souvenir éphémère, le souvenir charmeur  d'un dimanche matin.

Dimanche matin donc, un homme-cygne s'éveillait sur un quai de métro...........

 

Par scape
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Jeudi 5 janvier 2006

Hier, mercredi, dans Libération : Le portrait de dernière page....   Une vision étonnante. Un article consacré à Angelo d'Arcangeli, jeune étudiant italien, soupçonné d'avoir des accointances avec un groupe clandestin d'extrême gauche.  Pour cela il est arrêté, mis en garde à vue et incarcéré à Fresnes pendant 4 mois.

Au-delà du parcours politique ou militant de ce jeune homme et pour lequel il est finalement relaché  (les faits lui étant repprochés ont été  requalifiés de "mineurs"),  il était impossible de ne pas avoir le regard fixé sur la photo qui accompagnait pleine page l'article. Et que disais cette image?  Juste un portrait de l'intéressé, les contours flous, un regard dissimulé par des lunettes, et la barbe naissante. Et pourtant l'image accroche....  que voulez-vous : une gueule d'ange !!

Un petit air vous trotte dans la tête, et c'est Barbara, "Si la photo est bonne"

Si la photo est bonne,

Juste en deuxième colonne,

Y'a le voyou du jour,

Qui a une petit gueule d'amour,

Dans la rubrique du vice,

Y'a l'assassin de service,

Qui n'a pas du tout l'air méchant,

Qui a plutôt l'oeil intéressant,

Coupable ou non coupable,

S'il doit se mettre à table,

Que j'aimerais qu'il vienne,

Pour se mettre à la mienne.

 

Je m'amuse de cette comparaison, et à relire l'article, à m'abîmer les yeux sur la photo, j'ai peine à croire que le journaliste n'avait pas le même air en tête que moi. Complaisance ou hasard, le rapprochement  ne fait aucun doute.

Cette photo a un pouvoir d'attraction incroyable. Elle anihile totalement la moindre animosité quant au parcours ou aux idées de ce garçon.  Nous sommes dans la lignée du voleur de Genet, du voyou au grand coeur, image volée d'"Un Chant d'Amour" ou gravure de mode, tout se mélange, un jeune Gabin sorti du "Jour se lève", un ange auxquel on aurait coupé les ailes.....

Pour autant il faut dépasser l'anecdote, le montage texte-image, et je ne peux m'empêcher d'y voir une sorte de pochade, une douce manipulation. Rien n'est choisi à la légère, et cette photo en est la preuve. Elle permet de dépasser l'information contenue dans l'article et nous mène sur d'autres chemins, elle détourne le sens (les sens aussi peut-être..) et s'amuse (car tout cela reste un jeu) à bousculer nos impressions.

S'en rendre compte c'est aussi remettre en cause les informations faussées dont on veux bien nous abreuver toute la journée. C'est déterminer pour soi les vraies limites d'un monde engorgé par l'image.

Cet article reste bien bénin, il faut l'avouer, et cette histoire n'aurait sans doute pas dû dépasser le stade du fait divers ou de l'histoire personnelle.  Cependant, à mes yeux , cette dernière page d'un journal me montre beaucoup de choses, elle me montre la manière dont on peut se jouer de l'information, la manière dont on peut habilement diriger votre point de vue.....

Mais que voulez-vous..... si la photo est bonne.....

 

Si la photo est bonne,

Qu'on m'amène ce jeune homme,

Ce fils de rien, ce tout et pire,

Cette crapule au doux sourire,

Ce grand gars au coeur tendre,

Qu'on a pas su comprendre,

Je sens que je vais le conduire

Sur le chemin du repentir.

Par scape
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