UNE POSSIBLE NAÏVETE

Jour après jour, je continue à me promener au coeur des textes. Je découvre, je scrute, parfois je m'émerveille...
Ce matin je suis tombé sur une bulle, celle de Giorgino. Au fil de ses mots je sentais les miens qui semblaient résonner, comme un écho, comme un retour, quelque chose qui vous parle, vous répond, et vous emmène dans un abîme de pensées, de souvenirs, de lectures oubliées qui soudain refont surface.
C'est la naïveté qui a accroché mes yeux. Cette volonté d'affirmer la naïveté comme un programme de vie, sans discrédit, sans fausse honte, juste un sentiment à partager, et la sensation que ce même partage est possible, est envisageable sans arrière pensée, sans mauvaise pensée.
Notre monde est ce qu'il est, et y défendre, en son sein, la naïveté, est notre salut.
Je me souviens de cet extrait du film de Pascale FERRAN : "L'âge des Possibles" :
LA PEUR
Aujourd'hui, tout le monde a peur.
De ne pas trouver de travail,
de perdre son travail,
de mettre des enfants au monde dans un monde
qui a peur, de ne pas avoir d'enfant à temps.
Peur de s'engager, d'attraper une maladie,
de passer à côté de la vie, d'aimer trop, ou trop peu,
ou mal, ou pas du tout.
La peur est partout, et partout provoque des catastrophes.
Elle s'autoalimente.
Qui a peur aujourd'hui aura peur davantage demain.
La première chose à faire,
le seul but à atteindre :
tuer la peur qui est en nous.
Alors oui, bien sûr, je veux conserver envers et contre tout ma propre naïveté, pour éviter de m'abîmer encore un peu plus, pour m'éviter d'avoir peur. Je veux croire encore, me noyer dans les détails qui embellissent par légères touches nos vies, observer les feuilles mortes et regarder la neige tomber. Oui je veux croire à des bras entre lesquels se réchauffer, à des mains qui se tendent ou à des doigts qui s'entrecroisent.
Oui, bien sûr, je veux revendiquer cette naïveté comme fil conducteur, la protéger en moi et l'ériger.
Être naïf, c'est encore et toujours s'autoriser au merveilleux.