LE GRAND DEBALLAGE CATHODIQUE
Il est parfois des idées saugrenues qui vous font monter la moutarde au nez.
Evidemment ce n'est absolument pas conseillé lorsque l'heure de la couette a sonné depuis déjà belle lurette.
Mais que voulez-vous, l'appel de la zapette est parfois plus fort que tout et vous voilà soudain transporté dans un monde abyssal.
Hier soir donc, les images défilent et s'enchaînent..... lorsqu'arrive une émission qui à priori possède sa petite réputation. Une émission où le but du jeu est de faire venir des gens, les faire déballer une histoire franchement personnelle et les mettre face à face avec l'objet (la personne) de leurs désirs ou de leur haine.
Au milieu, un rideau qui s'ouvre ou ne s'ouvre pas, comme une barrière supplémetaire à la non-communication qui est la base même de cette messe cathodique.
Je me sens voyeur et mal à l'aise devant la détresse de parole, devant la fragilité et l'incompréhension qui émane de ces "face à face" par écran interposé. En permanence il ne faut pas franchir la ligne, ou plutôt les lignes qui sont dessinées là exprès. Tout d'abord ce rideau, métaphore du secret, de la discrétion, voilage de la vie privée, frontière de tissu que l'on dresse entre soi et les autres, entre l'extérieur et son propre jardin. Un rideau que l'invité décidera ou non d'ouvrir, comme s'il soulevait pour nous autres, spectateurs, un pan de sa vie ou de son intimité.
L'écran, ensuite, par lequel toute l'image doit passer. Car "la vérité" est dans cette image. La télévision, on vous l'avait bien dit, est LA vérité !! Et cet écran, dans une mise en espace qui ne déplairait pas à Godard, ne se trouve évidemment pas à votre hauteur, ni à la hauteur de l'invité. Il lui faut lever les yeux, lever la tête. Mais oui, la vérité descend du ciel, c'est bien connu !! Et vous allez devoir vous plier à cette vérité supérieure, peut-être vous fera-t-elle baisser les yeux d'ailleurs....
Les ficelles sont bien trop grosses, la mise en scène cousue de fil blanc..... et pourtant....
Nous en sommes arrivés exactement là où la décence a baissé les bras.
Vous allez me dire que je m'emporte bien vite pour des bêtises pareilles. D'ailleurs, je n'avais tout bonnement qu'à changer de chaine, c'est vrai....
La vilénie m'insupporte.
Il s'agit de servir la dignité de l'homme par des moyens qui restent dignes au milieu d'une histoire qui ne l'est pas. On mesure la difficulté et le paradoxe d'une pareille entreprise. Albert Camus