LE LIEU ET L'HEURE
Nous vivons tous de ces petits moments en décalé. Il ne s'agit pas d'être à côté de la plaque, mais juste un peu avant ou un peu après.
Un léger, un court décalage qui fait que le temps ne se vit pas de la même manière.
Outre le temps, ce sont les lieux qui changent également.
Rien n'a changé de place, tout est là, exactement comme hier et exactement comme cela le sera demain. Tout se déroule à l'identique , et pourtant cet endroit n'est pas le même.
Une rue quasiment déserte, un quai de métro totalement vide.
Si tout est à sa place, alors c'est l'espace qui n'est plus tout à fait pareil. L'espace s'est multiplié, il s'est décuplé et vous êtes le seul à en profiter.
Dimanche matin, Paris, une rue du 20ème arrondissement. Même votre manière de marcher, ou de vous déplacer est différente. Les pas se font plus larges, plus amples. Vous êtes seul et disposez de la totalité de l'espace.
Comment dire...... sans doute respirez-vous différement aussi. Sans doute.
Il y a là une sensation de liberté, d'appartenance grisante à votre entourage, comme si soudain vous étiez parfaitement en phase et en accord avec ce même environnement, que pourtant vous connaissez par coeur, mais auquel vous n'aviez jamais accordé une telle importance.
Quelle impression de sentir l'air autour de vous, de le sentir entre vos mains, de pouvoir l'enfermer entre vos bras.
Le lieu détermine l'être, bien plus que l'inverse. Je suis persuadé que chacun appartient à un endroit, à un lieu, et ce sont ces derniers qui contribuent en partie à ce que nous sommes. Ils nous déterminent, en effet.
Ne dit-on pas "je viens de là", "je suis d'ici", ou encore "je suis originaire de...".
Nos lieux sont des racines.
Et lorsque, ce dimanche matin, comme tous les autres dimanches matins, vous êtes seul, à observer ce lieu où vous êtes, où vous vivez, où vous grandissez, ce ne sont pas les racines qui vous appartiennent, mais c'est l'arbre tout entier.