DES MOTS
L'imposture est écriture? Ou l'écriture est-elle imposture ?
Je soupçonne mes mots de ne pas être à la hauteur, d'avoir juste la capacité à s'enrober, comme des bonbons anglais, de mille couleurs acidulées, et de tromper leur monde.
Dans leur beau papier, dans leurs habits arc-en-ciel, ils font le spectacle à moindre frais, sans jamais se poser la moindre question un tant soit peu pertinente quant à leur exactitude.
Mes mots filent et brouillent les pistes. Ces foutus mots se déguisent et se cachent, s'enjolivent de purs effets de brillance et m'échappent sur toute la longueur.
Mes mots mentent, ils simulent, ils déforment. Ils trahissent pensée et volonté, ils se trahissent eux-mêmes.
Si je ressemble à l'un, je dénigre l'autre. Etonnant miroir aux flous artistiques. L'imposture est telle que mes mains écrivent seules.
Je rêve de logique, ils ne construisent que des bosses.
Mes mots sont "à peine", ils se détournent pour ne jamais finir.
Ni manipulation, ni vérité, ces quelques mots sont souvent ingratitude et faux-semblants.
Ils ne reflètent que leur propre ignorance, mais ne montrent que leur meilleur profil.
Profil d'une imposture.
Triste épitaphe.
Mes mots ne sont que lampions en berne éclairant des abysses.