LES FESSES EN L'AIR
Dans l'absence d'un week-end, se retrouver seul dans un avion à moitié plein et décoller enfin dans une langue que l'on ne comprend pas.
Il n'y a pas de logique à voler ainsi, pas de logique à quitter la terre et survoler dans le noir son improbable arrondi. Pas de logique à s'extirper des lois de l'attraction et à gagner des ailes métalliques dans le seul but d'aller toujours plus vite.
Je n'ai même jamais apprécié ces foutues publicités pour compagnies aériennes où le luxe se dispute au luxe, où le confort n'est jamais celui de la classe économique, classe dans laquelle il est bien difficile de se caser une fois votre croissance terminée, une fois le mètre quatre-vingt atteint, une fois que vos genoux, encastrés dans le fauteuil devant vous, ne se retrouvent coincés sous votre menton, dès que ce même fauteuil s'abaisse.
Pas logique, illogique, à peine en l'air, et voilà que déjà je regrette le plancher des vaches. Non décidemment, je n'ai jamais rêvé d'être une hotesse de l'air, ni même de voir par terre d'en haut, et encore moins d'avoir les fesses en l'air !!
Il me semble tout à fait anormal de flotter ainsi dans les nuages, presque à toucher du bout des doigts leur duveteux coton, anormal d'aller si vite, de courrir d'heures en heures et de braver le temps.
Au-dessus des montagnes, au-dessus des villes, je file sans rien voir, sans compter mes pas.
Dans l'absence d'un week-end, avoir chaussé ses bottes de sept lieues, traversé une partie de continent, aller et retour, quelques heures d'un temps qui ne se compte plus, qui finalement ne s'est peut-être jamais compté.
Voyez-vous mêmes, j'en perds mes ailes, ou peut-être même de l'histoire, le fil.......
Mais quelle heure est-il ??