PARLER DE SOI

Publié le par scape

Est-il intéressant de parler de soi, de converser avec soi-même, de s'abandonner ou de tout "déballer"? Qu'il y ait intérêt ou pas pour soi-même (encore) ou pour les autres, tout cela me parait trop simple.

Chaque situation est différente et s'il est vrai que l'autobiographie, le journal intime et autres pensées en tout genre sont souvent à l'ordre du jour dans notre société des médias, je laisse ces aspirations à d'autres, car, en tout état de cause, je n'en ai pas le talent.

Parler de soi, c'est vieux comme le monde, et certains l'ont fait avec une sobriété et une plume telle que cela force le respect.

La question que je me pose, c'est de savoir si mon blog est un endroit idéal pour cela. Voilà somme toute une démarche quelque peu alambiquée et paradoxale, et une série d'interrogations qui me sont tout à fait personelles.

Quelque part, je m'épanche moi aussi, et j'ai la nette impression qu'au travers de mes articles, on peut lire de moi et me découvrir bien plus que si je racontais en détail ma vie du réveil au coucher.

La notion d'intime est beaucoup trop vaste pour en déterminer des contours précis.

Il y a quelque temps, j'ai découvert une revue : "La Faute à Rousseau", il s'agit de la revue de l'A.P.A. (Association pour l'Autobiographie), dirigée par Philippe Lejeune, auteur entre autres d'un essai essentiel : "Le Pacte Autobiographique" (Editions du Seuil). Cette revue, organisée autour d'un thème central, explore le domaine autobiographique sous toutes ses formes. Ecrits divers, images, billets, journaux, il s'agit aussi de traces, parfois ténues, qu'il faut suivre pas à pas, reconstruire. Le travail qui est effectué au coeur de cette association (et de la revue) est une approche extraordinaire du quotidien qui détermine chacun d'entre nous.

Au-delà de l'intime, nous rentrons ici dans le domaine des "Archives de Soi", concept historiographique qui consisterait à prendre en compte et à étudier toutes ces formes d'"archives intimes" et à en faire un objet historique. L'histoire est une discipline qui, ces dernières années (et avec la remise en cause de la méthodologie de l'Ecole des Annales) a énormément évolué, justement en élargissant ses domaines de recherches et ses champs d'investigation.

Au coeur de ce processus, l'archive a regagné ses lettres de noblesse, grâce entre autres aux  travaux incontournables de Arlette Farge.

Aujourd'hui, c'est la notion d'archive elle-même qui évolue, son sens, sa forme et les lectures que nous en faisons.

Ecrire l'intime, décrire le soi. Il s'agit simplement d'histoires de vies, la mienne, la vôtre, des parcours qui se croisent  et s'entrecroisent, de vastes lignes tracées à l'infini, dont nous ne sommes capables de lire que les filaments.

Alors, parler de soi me direz-vous !

Ici, sur ce blog, et ailleurs, nous ne faisons que ça. Ensembles, et sans le savoir, nous passons notre temps à tisser quelques filaments.

 

Publicité

Publié dans Humeurs

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
Ce que j'écris sur mon blog… ce n'est pas vraiment ma vie, et pourtant c'est - quand même - moi. Impossible en me lisant, de me connaître vraiment, seulement quelques bribes, des instants. Et, à travers ces instants, des réalités allusives. <br /> Ce que j'écris, c'est pourtant bel et bien moi, Jean-Yves, au plus profond, le furtif, ma vérité. Ce que j'écris, c'est d’abord pour moi, pour me trouver, pour m'appartenir, me reconquérir, comme un cœur captif qui cherche à me libérer de sa captivité. J'écris aussi - non pour livrer des histoires -, mais pour entrer en contact avec le plus grand nombre d'êtres sensibles. <br /> Il ne faut pas oublier que derrière ce que j'écris, il y a aussi tout ce qui est tu. Je ne connais pas de plus grand texte que celui que l'on tait, en soi, forcément ou délibérément, par choix.
Répondre