IDOLES ET AUTRES BALIVERNES

Publié le par scape

"Icône",... que ce mot semble galvaudé et un peu trop à la mode ces derniers temps. A chacun ou à chacune de devenir l'icône de quelque chose.

Icône du cinéma ou de la littérature, icône politique ou icône de l'underground, icône gay ou icône du n'importe quoi, c'est à croire que les 5 mn de célébrité annoncées par Warhol en son temps, se feront du haut d'un piédestal ou ne seront pas.

Nos sociétés contemporaines ont développé un paradoxe incroyable entre la profusion maladive d'images, et la peur incontrolable des représentations, quelles qu'elles soient. L'actualité a su, une fois de plus, nous rappeler à l'ordre, pour une question de caricatures, et une fois de plus, les médias en ont fait leurs gorges chaudes, en mélangeant allègrement les mots et les définitions....

Je suis réellement attristé par cette affaire, attristé de constater que nous n'en sommes encore que là, dans ces querelles d'images, de représentations et d'interprétations de toutes sortes.

Je ne blâme aucune des parties et j'essaye d'écouter intelligement les colères de chacun. Tout est question de respect.

L'histoire est une boucle qui s'étend à l'infini, et il me semble que cette question de la représentation fût à l'ordre du jour, toutes époques confondues. Du totémisme primaire à l'iconoclasme byzantin, de l'idole à l'icône, de l'idolâtrie à l'adoration....  le pouvoir de l'image, de tout temps, s'est amusé à piquer au vif l'imaginaire de l'homme.

Le pouvoir de l'image, ou plutôt le pouvoir de représentation, le pouvoir de créer (à l'instar de Dieu, et peu importe son nom) la parfaite représentation humaine ou divine. Nous ne sommes plus très loin des mythes, ceux de Frankenstein ou du Golem, lorsque les mythes prennent chair et dépassent  leur créateurs, puis imposent le châtiment.

Mais que faisons nous aujourd'hui, à part peut-être répéter sans cesse et sans cesse ces mêmes désirs de représentations et de déification. Les rîtes se renouvelent en permanence, et nous accumulons nouveaux rîtes, idoles et icônes, fabrication à la chaine et sans discernement...

Avons-nous alors le droit de créer et de démystifier en même temps, d'aduler et de moquer ? Contrairement à ce que certains médias ont bien voulu dire, la caricature n'est pas insulte, elle est moquerie (d'aucuns devraient ouvrir leur dictionnaire parfois...), mais cela lui donne-t-il tous les droits, tous les abus ? Se moquer, c'est parfois aussi blesser, et profondément. Tout est question de dosage, et une fois encore, de respect.

L'amalgame est le pire des maux. Et la preuve en est faîte une fois de plus.

Au-delà de la colère, et il faut toujours la dépasser, le véritable problème est celui de la représentation. Je ne parle plus ici de la représentation ou non de nos icônes, de nos idoles ou de nos croyances, mais bel et bien de la représentation de nous-mêmes.

Quelle représentation avons-nous de nous-mêmes, et quelle représentation avons nous des autres ?

Quelle représentation de nous-mêmes donnons-nous aux autres, et quelle représentation nous donnent-ils d'eux-mêmes ?

Si chacune des parties devait répondre à ces questions, ou tout du moins y réfléchir posément, m'est avis que la pseudo flamme purificatrice n'aurait pas lieu d'être.  Que chacune abandonne enfin l'idée qu'elle est meilleure que l'autre.

Qu'il est dommageable d'avoir à rappeler, encore aujourd'hui, que l'autre n'est pas "différence", mais qu'il est "double".

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Publié dans Humeurs

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G
Merci pour cet article et pour l'éclairage très intéressant que tu portes sur cette "affaire" des caricatures. Pour moi, le nœud du problème est bien le pouvoir de l'image... Aujourd'hui, on assiste sans broncher au diktat de la télévision, certains en redemandent même : informations en continu, reportages non-stop sur de non-événements, etc… Face à l'insidieuse et inévitable manipulation des montages vidéo, bien peu de personnes prennent le recul nécessaire pour analyser et réfléchir calmement, hors de tout battage médiatique, aux sujets d'actualité. Il est effarant de constater qu'à l'heure actuelle, pour la plupart, ce qui est "montré" est forcément "vrai".
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S
Je suis entièrement d'accord avec toi, Giorgino, le pouvoir de l'image est bel et bien à son apogée, et face à lui tellement peu de réaction....<br /> La frontière entre le vrai et le faux s'abroge le droit du flou ..........