CURIOSITY KILLED THE CAT

La curiosité est-elle un vilain défaut ? Sans doute, mais peut-être pas.....
Je me suis surpris à avoir l'oreille attentive à des conversations qui ne me concernaient pas.
Bon, il ne faut pas se leurrer, on a toujours tendance à se dire, non, ce n'est pas vrai, je n'écoutais pas..... c'est juste que ces gens parlaient sans discrétion, et de ce fait, j'étais bien obligé d'entendre...Tout ceci était contre ma volonté !!
Bien entendu ! Bah bien sûr ! Tout ceci est aussi bien hypocrite, j'en conviens, et je serais bien hypocrite à mon tour de l'affirmer ici-même.
Bref soyons honnête, je n'entendais pas mais bel et bien, j'écoutais.
Les grandes villes sont propices à ce genre de situation. En permanence nous sommes confrontés à de tels paradoxes. Dans le métro, dans un café, dans le bus ou en faisant la queue chez le boulanger, les conversations des autres glissent et rebondissent jusqu'à mes oreilles.
Une symphonie de mots de tous les jours, partitions improvisées de vies dont je ne sais rien, mais dont les bribes musicales s'envolent et s'imposent à moi.
Une sorte d'immense patchwork sonore, et qui serait un instantané, petit moment de précision, de cet étonnant mélange de vies, de parcours, de gens.
Tout ceci n'est pas bruyant, il faut juste s'amuser à voyager d'une conversation à l'autre, s'arrêter sur un mot et enchaîner sur un autre.
Les conversations volées sont des labyrinthes dans lesquels il est facile de se perdre. Parfois il est vraiment tentant de s'imiscer. Ecouter ne suffit plus, intervenir vous brûle la langue et vous voudriez que vos propres mots surgissent et viennent alimenter le débat dont soudain vous vous sentez partie prenante.
Comme il est facile de se taire et d'entendre le son de sa voix tourner dans sa tête, rêver de lacher une remarque bien sentie, de relancer la discussion vers d'autres cieux. Vous entendre, seul, affirmer ou infirmer. Facile ? certes, un peu trop. Facile de se taire en tout cas lorsqu'il faudrait parler. Quel retour alors sur vos propres conversations, vos propres paroles, ma propre parole... Ne rien dire et considérer ça comme une défense. Un rempart de silence que les non-dits gangrènent. Aimer le silence, mais détester ses propres silences.
Où m'emmenent ces conversations ?
Revenons à cette curiosité, celle des mots des autres, celle qui me dépasse et m'entraîne à être le court témoin muet des ces autres vies, de ces identités qui ne sont pas miennes.
Et si la curiosité tue les chats, qu'elle ne tue pas celui que j'ai, ce matin, dans la gorge.