L'HOMME ET L'OMBRE

Est-ce l'homme qui est dans l'ombre, ou l'ombre qui s'imisce doucement et envahit peu à peu l'image.
L'ombre est-elle si présente que seules quelques lueurs subsistent ? La lueur d'un visage, la lueur d'un corps, un arrière plan à peine définissable...
Non, il y a ce regard d'où émane l'ombre.
Le regard est ombrageux.
Comme une noirceur d'âme qui se glisserait dans un costume, dans une posture.
Le visage est-il inquiet ou courroucé ?
N'y a-t-il pas plutôt un poid, comme une fatigue, de celle qui courbe la nuque ?
L'ombre est omniprésente et diffuse. Et pourtant, les éclats demeureut. L'éclat de la pupille et l'éclat de la rose.
L'ombre entoure, mais n'enferme pas.
Ce corps est un rempart de fermeté, un obstacle vivant dont la chaleur émane et défie.
L'ombre étonne par ses résonnances et sa profondeur obscure.
L'homme étonne par sa force, et le mimétisme du noir dont il s'enveloppe.
"Nous nous complaisons dans cette clarté ténue, faite de lumière extérieure d'apparence incertaine, cramponnée à la surface des murs de couleur crépusculaire et qui conserve à grand'peine un dernier reste de vie. Pour nous, cette clarté-là sur un mur, ou plutôt cette pénombre, vaut tous les ornements du monde et sa vue ne nous lasse jamais."
Junichiro TANIZAKI
Eloge de l'Ombre