L'INSULTE N'EST PAS GAY

Publié le par scape

Ce sont encore des mots, un excès de mots, mais cette fois, je ne suis pas sûr qu'ils aient dépassé la pensée de leur auteur.

"Sale PD", "Enculé", et autres noms d'oiseaux ont fusé dans la rame de métro, tels un venin...

Je n'étais pas le réceptacle de ces invectives, juste un témoin, parmi d'autres témoins, d'une situation grotesque, avinée, d'un accès de colère contre tous et contre personne.

Un délire verbial nauséeux, mais sûrement libérateur, entre deux canettes de bières, pour celui qui proférait son dégout pour la terre entière.

L'insulte est simple, l'injure bien connue et parfaitement universelle.

Je me suis souvenu alors du début du livre de Didier ERIBON : "Réflexions sur la question gay". Il y écrivait ceci :

 

"Au commencement, il y a l'injure. Celle que tout gay peut entendre à un moment ou à un autre de sa vie, et qui est le signe de sa vulnérabilité psychologique et sociale.

"Sale pédé" ("sale gouine") ne sont pas de simples mots lancés au passage. Ce sont des agressions verbales qui marquent la conscience. Ce sont des traumatismes plus ou moins violemment ressentis sur l'instant mais qui s'inscrivent dans la mémoire et dans le corps (car la timidité, la gêne, la honte sont des attitudes corporelles produites par l'hostilité du monde extérieur). Et l'une des conséquences de l'injure est de façonner le rapport aux autres et au monde. Et donc de façonner la personnalité, la subjectivité, l'être même d'un individu."

 

On ne peut se reconnaître dans l'insulte, mais sans aucun doute celle-ci révèle quelque chose, elle met à jour, certes violemment, une identité et une appartenance.

Je crois que pendant longtemps, moi aussi, je me suis identifié à elle, à l'injure, parfois jusqu'à m'en perdre.

Mauvais souvenirs de lycéen, d'une période hargneuse, début et fin en même temps. Déclenchement, à n'en pas douter, d'une identité et d'une personne à coup de gifles virtuelles.

Et puis, peu à peu, les choses passent, l'injure s'espace, vous grandissez et vous rendez les coups.

Sans conteste, ces mots au ras des paquerettes font partie de moi. Je me suis aussi construit sur le dégoût des autres (et heureusement pour moi sur l'amour de certains aussi).

Mais la petite voix qui sommeille est toujours là.

Alors une bonne fois pour toutes : oui je suis pédé, il ne s'agit pas d'une insulte, mais il s'agit de moi. Je n'en suis pas honteux, je n'en suis pas fier, je suis juste comme ça.

Et pour ceux qui continueraient à vouloir ricaner, veuillez parler un peu plus fort que je puisse ricaner avec vous.

Ma dérision est une arme bien plus forte que vous ne pouvez l'imaginer.....

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Publié dans Marge

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Z
Moi, j'aime bien le terme de PD!<br /> Bon , c'est sur que jeté d'un ton hargneux par un beauf, la connotation est un peu différente.
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P
ce qui me paraît curieux, c'est que "pédé" est ressenti comme une insulte. mais insulte-t-on avec ce mot que je refuse d'utiliser "gay"?
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J
Mon commentaire ne serait-il pas passé ? ou seulement différé ?
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J
Il n’y a pas que les mots qui font mal. Je puis dire, en parlant de moi, « oui, je suis pédé ». En le faisant, je me réapproprie le mot insultant mais je l’utilise soit pour informer, soit par dérision et souvent pour les deux raisons. <br /> Mais l’insulte ne naît pas des seuls mots utilisés mais aussi du contexte où ils sont employés : l’intonation y participe, me semble-t-il, tout autant. <br /> Aujourd’hui encore (je vais avoir 47 ans) je peux être affecté... <br /> Je ne sais pas comment je finirai ma vie mais je devine que ces mots ne m’appartiendront jamais comme les autres : en cas de défaillance mentale, seront-ils les premiers les derniers à disparaître de ma mémoire ?  Ce que je sais aujourd'hui, comme le dit très bien Didier Eribon, que tu cites, c'est que ces mots - comme injures - participent à ma personnalité.
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S
Ton commentaire est bien passé, et je t'en remercie.<br /> Tu as raison Jean-Yves quand tu parles de l'intonation ou du contexte, même si la majeure partie du temps l'intonation est tout aussi haineuse que les mots employés.<br /> En tout état de cause aujourd'hui, je préfère choisir de dire "pédé" moi-même.<br /> Il faut toujours se réapproprier les armes des autres pour mieux se défendre.