DICTATURE (2)

Autres temps, autres moeurs, et pourtant.
Dans la catégorie, dictature du corps, il me semble que rien ne saurait jamais changer.
Partout je lis, partout je vois et insidieusement la dictature s'installe.
Il s'agit d'une sorte de lifting généralisé. Tout le monde doit être beau, tout le monde doit être mince et tout le monde doit bien représenter.
La représentation, voilà bien le traître mot. Chacun se doit d'être en représentation, à partir du moment où il sort de chez lui. Et tant qu'à rester dans les expressions toutes faîtes, il faudrait ajouter : et en plus on ne prête qu'aux riches.
Quelle hypocrisie et combien il faut se forcer à fermer les yeux.
La dictature impose et le petit personnel suit le mouvement contraint et forcé.
Le corps s'impose comme un référent incontournable dans nos sociétés où il n'est pas permis au moindre poil de dépasser. Le corps doit se faire unique et lissé, la moindre aspérité vous relègue dès lors à l'arrière ban.
Il y a peu je lisais dans l'interview d'un chef du personnel d'une grosse boîte, sa réticence à embaucher une personne, certes qualifiée, mais qui avait par malchance quelques boutons sur la figure. Le constat est sans appel : cela pourrait déplaire aux clients et mettre à mal l'image de l'entreprise.
Image, image quand tu nous tiens.....
Chirurgie esthétique / Coupe-faim / Régimes minceur
Curriculum Vitae anonymes / Couleur de peau / Clonage
Piercing / Tatouage / "Relookage"
Être parfait, parfait,........... parfait, en toute situation.
Que d' avatars. !!
Nous sommes arrivés sans doute à une espèce de point de non retour, où le corps s'est imposé comme seul réflecteur de notre monde et de nos particularités. Le personnel ne transparaît plus que par ce vecteur de chair (ferme si possible !!).
Dictature du corps et dictature de l'esprit, nous sommes bel et bien dépossédés de notre propre enveloppe.
La situation devient inextricable. Chacun de se plier aux ditacts en cours, ou alors, à contrario, comme un ultime pied de nez, à les braver tous, les uns après les autres. D'un côté comme de l'autre, la surenchère ne mène que droit dans le mur.
J'imagine que de tous temps, en effet, ces dictats ont existé. Seulement, il ne faut pas se leurrer, comme dans beaucoup d'autres domaines, notre appréhension du corps est elle aussi entrée dans une ère technique qui permet de faire accélérer les choses, et du même coup nous fais perdre totalement les notions de temps et de nature.
L'image imposée et exposée est donc celle d'un corps dénaturé.