DICTATURE (3)

Publié le par scape

Une journée comme les autres.... un parcours comme les autres. Parcours auquel on ne fait plus attention, parcours que l'on pourrait faire les yeux fermés, sans réfléchir, juste en posant un pied l'un après l'autre.

34 marches pour descendre dans le métro et atteindre le quai.

Enjamber le marche-pied.

47 marches et un escalator en panne pour ressortir à l'air libre.

2 trottoirs envahis par des voitures qui bouchent le passage.

Impossible de dénombrer les bateaux, eux-mêmes squattés par des véhicules en mal de parking.

 

Une marche par-ci, une marche par-là.

Pas-de-porte à franchir

Monter et descendre à l'infini, dans une seule journée.

Maintenant, refaire le même parcours, mais en y ajoutant une donnée supplémentaire.

Un fauteuil et deux roues

Corps abîmé et pleine conscience.

Lorsque les dictatures du corps s'écrasent contre un mur, lorsque le corps réduit, amputé, modifié, inerte ou mort doit s'évertuer à avancer coûte que coûte.

Dans la série des dictatures du corps, celle-ci est la plus pernicieuse, car elle oblige à l'anonymat et à l'invisibilité. Que le corps soit fêté, encensé, affiché, exposé jusqu'à la nausée, la dictature impose son règlement : celui de la représentation idéale. Pas de place pour les estropiés !!

Ne pas montrer et ne pas voir. Ignorer superbement que la réalité des corps subsiste aussi différement.  La reléguer dans les marges, l'anihiler sur la place publique, de temps en temps lui jeter un coup d'oeil tout juste compatissant, mâtiné de pitié ou de condescendance.

Maintenant j'ai juste envie d'écrire que ce corps là est beau aussi. Que le respect se doit à la personne et non à l'image. Que j'ai honte du comportement de certains, et des a-prioris des autres.

Maintenant j'ai juste envie d'écrire qu'être respectable ne veut pas dire se tenir obligatoirement debout, et que le désir n'a que faire des critères physiques imposés. Que ce même désir peut parfois vaincre des montagnes, vaincre la bêtise, et que pour cela il n'a pas besoin d'avoir systématiquement deux bras ou deux jambes en état de marche.

Maintenant j'ai juste envie d'écrire que j'emmerde toutes les dictatures.

 

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Publié dans Marge

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P
c'est là un billet pertinent parce que, voilà, un simple transposition et tout bascule. <br /> ce soir, à l'heure où j'irai nager, il y a de fortes chances que je croise sous les douches ce petit homme dont le bras droit est toujours replié, la main inerte. Il nage ou aura nagé, il regagnera son vestiaire, ignorant peut-être la rangée de miroirs qui m'absorbe chaque fois : je suis décidemment trop épais.<br /> Mais le chocolat, mais le vin, le champagne, les religieuses, les gâtins de pâtes après la piscine, les Kinder pour la petite surprise, les yaourts noyés de confiture.<br /> Dictature, pouvoir des faibles!
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