LES MOTS

Publié le par scape

Je n'ai pas le talent de la plume, de celle qui trace, volutes et pénombres.

Mon trait n'est pas assuré, mes couleurs trop pâles. Je n'ai jamais su, ni esquisse, ni dessin, imaginer de ma main le moindre contour de visage.

Il m'a fallu penser à d'autres moyens, à d'autres vecteurs, des chemins de traverses qu'il me fallait construire peu à peu.

Comme un immense jeu, mais sans dimension, j'ai ouvert des boîtes et joué avec les mots.

Dénués de sens, d'intérêt, ou de relief, ils se sont animés au regard des autres, en concave, en gigogne, par comparaison ou opposition, de litotes, en oxymore, mes mots ont conquis toutes les permissions.

 

Il ne me restait plus qu'à régler la douloureuse question de l'organisation.

A défaut de plume ou de fusain, mes crayons se devaient d'être couleur orthographe ou conjugaison. Manier le verber pour pallier les ombres. Et plus facile à dire qu'à écrire.

Satanés mots qui peu à peu s'échappèrent et se mirent à filer dans toutes les directions.

Point d'ordre littéral ou littéraire, la cacophonie était de mise.

Les mots se glissaient et fuyaient en masse. De cachettes en recoins, ils prenaient vraisembleblement grand plaisir à brouiller les pistes, à paralyser l'encre du stylo et le fin mot de la phrase.

Et puis c'était sans compter les contresens, les irrégularités et les exceptions. Chacuns et chacunes furent en joie à l'idée de s'exercer en toute liberté, brouillant encore un peu plus les quelques marques que j'avais envisagé sur la feuille.

Je joue à empiler, constructions malhabiles et tangentes. Les mots oscilent dangereusement, mais je crains de ne pas être en mesure de fabriquer le moindre édifice correct, excepté ce brouhaha généralisé.

Je n'ai pas le talent de la plume, mais plutôt celui de l'ouvrier des lettres. Et dans ces jeux verbaux, je reconnais y prendre mon pied.... celui de la lettre, il s'entend...

De mots en mots,

de maux en maux,

je parfaire l'organisation syllabique pour que ces quelques lignes glissent encore plus facilement, sans anicroches et sans points de suspension, jusqu'à vous !

 

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Publié dans Humeurs

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J
Scape, j'ai toujours plaisir à te lire : je suis particulièrement sensible aux nombreux va et vient que tes mots entretiennent avec les photographies que tu nous présentes... sans savoir si ces dernières sont à l'origine de tes mots ou l'inverse.
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S
Mon cher Jean-Yves, un grand merci de tes commentaires qui me font rougir jusqu'à la racine des cheveux....<br /> Comme à ton habitude, tu sais soulever le moindre détail ou la moindre ambivalence.... et que te répondre ? Que souvent je ne sais moi-même quel est le déclencheur de mes mots....<br /> Je crois qu'il s'agit juste d'une alchimie un peu mystérieuse pour moi aussi entre deux importances : celle de la lettre, et celle de l'image.... La frontière est mal définie et les billets s'écrivent parfois nerveusement dans un va-et-vient incessant entre l'empreinte de l'image et l'empreinte de mes doigts....
P
et bien égoïstement, c'est un plaisir toujours renouvelé de te lire, relire, guettant le nouveau billet. patient. t'imaginer aussi toi qui ne réponds jamais.
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S
il est vrai que je me sauve bien vite parfois..... j'en suis navré..... mais tu vois Patrick, j'aime parfois m'attarder et jouer bien sûr avec l'imagination de mes visiteurs !!