LE TIERS
Il est des chiffres dont on se passerait bien. Surtout lorsque ceux-ci vous sont assénés d'un coup, d'un seul, sur le coin de la tête, vous laissant assomé pendant quelques instants, le temps que vos idées se remettent en place.
Le chiffre en question est arrivé sans crier garde, au beau milieu d'un journal télévisé, entre petite phrases et catastrophes, lot habituel d'une information bien trop franco-française, et distilée à grandes eaux par les grandes messes cathodiques que sont les "20 heures" des chaines hertziennes.
Bon alors ce chiffre : eh bien il s'agit du 29. !!
Pas de tirage du loto en vue, les chiffres et les lettres c'est encore autre chose.... non, le 29 incriminé est en fait, et c'est de saison, un pourcentage...
La phrase complète était ainsi formulée : "29 % des français estiment que les propositions de Jean-Marie Le Pen ne sont pas de nature à remettre en cause la démocratie". Autrement dit, quasiment un tiers des habitants de ce pays estiment que ce même Le Pen, finalement ne représente aucun danger pour, je me répète, la démocratie, et pour la pérénité de notre système républicain.
Si je ne m'étais pas enfoncé un peu plus dans mon canapé, je crains que je n'en sois tombé méchamment à la renverse.
Quelque peu abasourdi, et comme souvent dans ces cas là, je pars à la recherche de mon dictionnaire pour y trouver un tant soit peu de réconfort. Je tourne les pages rapidement , et nous y voilà, page 585, je respire un grand coup et je lis :
"DEMOCRATIE : Doctrine politique d'après laquelle la souveraineté doit appartenir à l'ensemble des citoyens ; organisation politique (souvent, la république) dans laquelle les citoyens exercent cette souveraineté. La démocratie antique, grecque. La démocratie repose sur le respect de la liberté et de l'égalité des citoyens. - Démocratie directe, où le peuple exerce directement sa souveraineté. Démocratie représentative, où le peuple élit des représentants. etc, etc.....
Alors très clairement, ça va mieux en le disant ou en le lisant. Cependant les interrogations restent présentes. Comment quasiment un tiers des français peut-il sérieusement envisager que le front national ne représente pas un danger pour cette même démocratie. Comment ne pas voir et ne pas entendre au travers des différentes interventions de son président, le laminage programmé de nos institutions et la mise au pilori de nos systèmes sociaux. Et je ne parle même pas des Droits de l'Homme et du Citoyen, du respect de la République, de la Laïcité, etc...
Le front national, par l'entremise de la fille à son papa, a opéré un virage à 180° question communication. Tout devient un peu plus lisse et ratisse un peu plus large. Mais au-delà des affiches de campagnes qui déjà font couler beaucoup d'encre, comment ne pas y déceler toujours les mêmes litanies, le racisme organisé, le clientélisme, la xénophobie, etc, le tout bien enrobé dans une faconde rodée et réglée au millimètre.
Comment croire à un candidat à la présidentielle qui vous promet la suppression de l'impôt, comment même envisager qu'il ait la moindre volonté de sauvegarder la "chose publique". Comment peut-on entendre encore aujourd'hui que l'immigration est la source de tous nos problèmes, et qu'en fermant le pays sur lui-même il retrouvera de facto sa grandeur passée. Comment peut-on seulement envisager d'extraire la France du processus européen, et de revenir au bon vieux "franc français"....
La politique du front national pue le rance, elle pue les colonies et l'Algérie française, elle pue la négation en tout genre, y compris celle des citoyens qu'elle prétend défendre. Elle pue et j'ai de la peine à imaginer qu'un tiers de la population ait le désir de vivre dans une telle odeur.....
Les électeurs du front national ne sont pas les imbéciles que l'on a toujours voulu nous décrire. Et les gens qui pensent pour eux sont même bougrement intelligents. Heureusement d'autres intelligences continuent à surnager et à tenter de maintenir hors de l'eau la tête de l'humanisme.
Le tiers livre n'est pas rabelaisien, loin de là, il est aujourd'hui les pages noires et brunes de notre avenir politique.